Surendettée et Chômeuse j’invente mon boulot

1999-2006

Affalée, plutôt qu’assise, dans le fauteuil posé par hasard au centre du séjour, la radio allumée sur la station France-Inter en bruit de fond, j’avais l’esprit bloqué sur les pensées qui tournaient dans ma tête : je venais de prendre la résolution de mettre ma maison en vente, parce que je n’avais plus de revenu et, malgré mes démarches et recherches, l’avenir n’avait aucune chance de s’améliorer.

Saisies, dettes, fuites de la toiture

Origine de mes dettes :

c’est en fait une « imbécilité » de ma part… enfin appelez ça comme vous voulez : quand je fermais ma cave à vin je payais tous mes fournisseurs, pensant qu’ils seraient vraiment dans « la merde » si je leur laissais une dette sur le dos, donc je les payais tous !

Autrement dit mes dettes n’étaient pas du à une mauvaise gestion de ma part comme tous les membres de ma famille (dont mon fils Jean-François Porchez) en étaient persuadés alors qu’ils n’avaient aucune information car ils arrêtèrent de me parler à partir de ce moment là …mais a un acte de générosité…

Mes dettes à la banque du Sud concernant l’emprunt pour ma maison et ses travaux n’avaient fait que progresser. L’Allocation Logement couvrait la moitié des échéances de l’emprunt maison, auquel il fallait rajouter l’emprunt séparé pour les travaux en cours. Je sentais que la saisie n’allait pas tarder.

Les fuites de la toiture dans chaque pièce et la cuisine à l’état de chantier n’avaient rien qui puisse séduire un acheteur potentiel. Mais je n’avais plus le choix.

Après avoir vécu la saisie, trois mois plus tôt, de ma voiture et du stock de mon ancienne boutique de cave à vins, je n’osais imaginer ce que serait ma mise à la porte de ce qui était encore un « chez moi ».

Quelques jours plus tôt j’avais surpris un homme qui avait pénétré dans le fond du jardin et avait l’air intéressé par la petite cabane qui s’y trouvait. Par le plus grand des hasards je venais de sortir sur le perron qui surplombait les marches qui amenaient au jardin, la cabane était à une dizaine de mètres. Je l’avais interpellé :
vous cherchez quelque chose ?
– je viens fermer le compteur d’eau…
Je l’avais rejoint pour qu’il m’en dise plus. C’était ainsi que j’avais appris que le service de l’eau fermait un compteur sans en aviser le détenteur. On pouvait se retrouver dans la minute sans eau courante sans que personne ne vous en ait avisé. J’avais pu négocier un échéancier…

Je n’accepte pas d’être au chômage

J’étais tombée dans le chômage au fil des années. Je ne l’acceptais pas. Il me semblait que la seule chose que je sache faire dans la vie est travailler. La seule chose que je sois sûre d’aimer. C’est un peu excessif car j’avais aussi besoin du contact avec la nature et aussi avec les gens, tous les gens, c’est leur variété qui me fascinait. Je n’en avais jamais fini, et ce sera jusqu’à ma mort, avec tant la nature qu’avec les gens.

Quant à mon rapport avec moi-même cela avait été une lutte quotidienne, presque de chaque minute.

Si j’envisageais l’avenir je me disais « quel propriétaire me louerait un logement ? je ne suis pas solvable aux yeux de quelque propriétaire que ce soit avec le revenu de l’ASS (1) soit la moitié du SMIC ! et je ne veux pas vivre en HLM. De toutes façons il faut attendre des mois, voire des années avant d’être accepté dans un logement social, je l’avais vécu durant les années 1970 à Paris, et je ne suis pas en urgence, puisque pas encore à la rue. » Je préférais ne pas penser à toutes les autres tuiles qui pourraient me tomber sur le nez.

Optimiste envers et contre tout

En fait je suis d’un tempérament optimiste. Aurait-il fallu penser avant qu’ils tombent à tous les dégâts que j’allais subir ? Les prévoir aurait-il été plus réaliste ? Sans doute. Mais n’étais-je pas dans une situation de faire face au jour le jour à des événements imprévisibles qui pourtant m’étaient arrivés : peut-on prévoir que la Sécu perde son dossier de plus de 40 ans de cotisation, et qu’ainsi on perde tous droits à remboursement maladie ?

une Assistance sociale me refuse le RMI

Qu’une assistance sociale vous refuse le RMI auquel vous avez droit prétextant que vous êtes riche car vous avez été commerçante et que tous les commerçants cachent de l’argent ? Et surtout comment programmer que vous allez rester sans emploi durant une si longue période ? Autant prévoir ma mort dans les 24 heures ! ou un accident qui me rende infirme dans la minute qui suit… même si on sait que mort et accident sont imprévisibles on ne planifie pas sa vie en fonction de leurs arrivés ! On prend des assurances pour ça ! Pas d’assurances sur la non-assurance !

Mise en vente de ma maison

J’avais donc mis ma maison en vente dans une agence spécialisée dans le public anglais. Je savais, pour l’avoir vu en Dordogne, qu’ils faisaient facilement des travaux et étaient attachés à la tradition des régions françaises. Ma maison assez typée pouvait répondre à leur recherche.

J’en parlais aussi aux gentils propriétaires du gîte dans lequel j’avais atterri au début de mon arrivée dans la région : ils y connaissaient beaucoup de gens.

L’agence après avoir visité ma maison n’avait pas eu l’air de faire grand cas des travaux non finis : j’en avais été surprise mais rassurée, malgré tout ils étaient venus un jour sans pluie et j’avais dégagé les bassines réparties dans la maison qui recueillaient les eaux de pluie qui goûtaient de la toiture. « Les volumes », avaient-ils commenté, « sont intéressants ». La maison avait l’air d’avoir de l’avenir en matière de transformation possible.
Et j’attendis. Je ne rentrais pas trop souvent dans l’agence pour prendre des nouvelles, bien que j’y passais devant pour faire mes courses. Finalement je me décidai pour la mettre dans deux autres agences plus éloignées, soit toutes en non-exclusivité, manière les mettre en concurrence pour accélérer le mouvement.
Je n’étais pas très rassurée. J’avais peur que l’annonce de saisie arrive d’un jour à l’autre. Mais il ne fallait pas que les agences se doute de quoique ce soit. Je les avais informé que j’avais des projets et que je désirais vendre rapidement. Vendre rapidement ne les avait en rien étonné. J’avais déjà vendu la grange séparément un an plus tôt pour me permettre de parer au plus urgent : l’argent récolté avait paru tomber dans un puits sans fond.

Je ne trouverai plus jamais un employeur

Peu à peu j’avais compris que plus aucun employeur ne voudrait de moi, je devais donc faire sans eux. Un jour je me mis à marcher en long et en large dans la salle de séjour, pour arriver à trouver la bonne décision. Je réfléchis mieux en bougeant, certes cela peut être dans la nature ou dans les rues, mais pour avoir la meilleure concentration possible sans distractions venant de l’extérieur, le mieux était de rester chez moi, mais pas assise qui freine le mouvement de la pensée et de la concentration.
Je savais déjà que la seule solution était de vendre quelque chose. Ce que je devais trouver c’était quoi.

Alors je me dis :

de quoi les gens ont un absolu besoin pour vivre : manger.

Donc je commençais par envisager de vendre de la nourriture, pas des pommes ou des poires, mais de la cuisine que je préparerai moi-même. Cela ne me posait pas de problème particulier, je savais cuisiner pour tous les goûts possibles. Cependant la deuxième question était : qu’est-ce que la loi exige ? et là je sus immédiatement que je devais écarter la vente de plats préparés, parce que les conditions d’hygiène et autres détails essentiels me semblaient impossible à atteindre, ou plus exactement être en « compétition » perpétuelle avec la loi sur l’hygiène me semblait tout à fait au-dessus de mes forces.

Donc je devais passer au

deuxième besoin essentiel des humains : se vêtir.

Ainsi je décidai de vendre des vêtements. Maintenant il fallait que je trouve où je pourrai acquérir des vêtements dans le but de les revendre. Je ne connaissais absolument personne qui puisse remplir mon souhait. Donc aussitôt je sus que je devais me tourner vers les fripiers en gros.

Armée de l’annuaire jaune je cherchais les adresses des friperies. Il y en avait forcément dans un périmètre géographique proche. En effet quelques adresses y étaient répertoriées. Je sautais aussitôt dans ma voiture pour aller les visiter.

Le meilleur que je trouvais était au sud du département. De grands hangars chacun rempli de ballots de vêtements triés par catégories : vêtements pour femmes scindés en jupes, hauts, etc. vêtements pour hommes triés par chemises, pantalons etc, et même des ballots de nappes de toutes tailles et qualité. La vente se faisait au poids.

Je pris mon temps pour tout observer, discuter avec le vendeur responsable. La vente était comptant bien évidemment. Je ne disposais que de 1500 frs de liquidité, pour ce montant je devais choisir dans quelle catégorie j’allais investir. Je pus choisir plusieurs lots répartis en vêtements pour femmes et nappes de coton qui se révélèrent être d’origine roumaine.

Il m’aida à tout charger dans ma Clio, et me voilà repartis vers chez moi.

Visite des Fripiers

Le meilleur que je trouvais était au sud du département. De grands hangars chacun rempli de ballots de vêtements triés par catégories : vêtements pour femmes scindés en jupes, hauts, etc. vêtements pour hommes triés par chemises, pantalons etc, et même des ballots de nappes de toutes tailles et qualité. La vente se faisait au poids.

Je pris mon temps pour tout observer, discuter avec le vendeur responsable. La vente était comptant bien évidemment. Je ne disposais que de 1500 frs de liquidité, pour ce montant je devais choisir dans quelle catégorie j’allais investir. Je pus choisir plusieurs lots répartis en vêtements pour femmes et nappes de coton qui se révélèrent être d’origine roumaine.

Il m’aida à tout charger dans ma Clio, et me voilà repartis vers chez moi.
Je devais aussi acquérir de quoi constituer un stand. J’allais dans une grande surface acheter une table, un petit siège confortable, et j’optais, prévoyant pluie et soleil, une sorte de tente à quatre pieds.
Je me renseignais sur les marchés à la ronde auprès des mairies et m’y inscrire.

Bientôt je commençais mon nouveau métier : fripière, j’avais 58 ans !

Tout de suite j’ai aimé faire cela. J’allais l’exercer durant trois à quatre ans, jusqu’à ce que les caisses de retraite me versent ma retraite, à 63 ans et demi, pour atteindre un taux plein, je n’étais plus à six mois près, j’approchais des 60 ans. Mais au fil des années j’allais varier de stock, de marchés, cherchant les meilleures clientèles, tant sur les marchés alimentaires où je le ferai en déclarée, que sur les marchés de brocante où je vendrai en tant que particulier. Je faisais des centaines de kilomètres vers les communes et les départements alentour, me levant souvent à 3 heures du matin, et alors je voyais le soleil se lever derrière les montagnes des Cévennes : c’était magnifique.

Je savais déjà que la seule solution était de vendre quelque chose. Ce que je devais trouver c’était quoi.

Il m’aida à tout charger dans ma Clio, et me voilà repartis vers chez moi.

ma clio avec laquelle j ai fait des milliers de kilometre
ma clio avec laquelle j ai fait des milliers de kilometre

Je devais aussi acquérir de quoi constituer un stand. J’allais dans une grande surface acheter une table, un petit siège confortable, et j’optais, prévoyant pluie et soleil, une sorte de tente à quatre pieds.
Je me renseignais sur les marchés à la ronde auprès des mairies et m’y inscrire. Bientôt je commençais mon nouveau métier : fripière.

Tout de suite j’ai aimé faire cela. J’allais l’exercer durant trois à quatre ans, jusqu’à ce que les caisses de retraite me versent ma retraite, à 63 ans et demi, pour atteindre un taux plein, je n’étais plus à six mois près, j’approchais des 60 ans.

Au fil des années j’allais varier de stock, de marchés, cherchant les meilleures clientèles, tant sur les marchés alimentaires où je le ferai en déclarée, que sur les marchés de brocante où je vendrai en tant que particulier.

Je faisais des centaines de kilomètres vers les communes et les départements alentour, me levant souvent à 3 heures du matin, et alors je voyais le soleil se lever derrière les montagnes des Cévennes : c’était magnifique.

les cévennes depuis la serre de la toureille
les Cévennes depuis la serre de la Toureille

 


1 – Allocation Sociale de Solidarité versée aux fins de droits de chômage : 600 frs/mois

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