Lettre à ma sœur Micheline

Est-il décent d’écrire à une sœur de 91 ans, moi 81, que je n’ai vu que 3 ou 4 fois depuis les années 1970 ?

L’idéologie tirée de la Bible

Elle et son mari, ainsi que leurs 7 enfants, ont pris le parti de ne plus jamais me côtoyer. Une sœur et son mari lisant la Bible tous les soirs, pratiquant la méthode Ogino(1), me jugèrent infréquentable parce que j’eus des mœurs condamnables car, devenue célibataire, je prenais la pilule. Une femme célibataire, en fait divorcée, mais je n’en vois pas la différence, ne dois plus jamais avoir de relation sexuelle…

Je mis 30 ans à comprendre qu’ils ne me fréquentaient plus du fait de mes mœurs condamnables à leurs yeux.

Parallèlement cette sœur et son mari et sans doute toute leur famille répandirent des médisances auprès de toute la famille proche et lointaine, et aussi des connaissances communes, tirées de leur imagination sur ma vie dont ils ne savaient absolument rien…puisque nous ne nous voyons plus !

Ce qui m’a fait le plus de mal est qu’ils le firent aussi auprès de mon fils, Jean-François Porchez… qui, sans doute ne voulant pas prendre parti… décida de ne plus jamais me parler ni me voir, née en décembre 1964 il avait donc un peu plus de 30 ans.

Je pleurai durant 3 ans… je finis par arrêter de pleurer quand je lisais des livres où il était question de fils et de mère… mais la souffrance ressentie ne s’est, à ce jour, pas éteinte.

voilà comment je lui ai exposé l’inceste maternel et le viol de mon mari

Micheline,

Le plus grand malheur qui te soit arrivé dans la vie est la naissance d’une sœur à 10 ½.

à partir de notre aménagement à Viroflay, durant les absences de notre père, notre mère m’emmena dans son lit, et eut, durant plusieurs années des gestes incestueux, me disant « on fait comme avec ton père »… j’étais submergée par le dégoût…son odeur, la moiteur du lit. Je fus longtemps hantée par la culpabilité de n’avoir jamais pu dire NON.

Il faut remettre les éléments dans le contexte : à ces époques l’éducation sexuelle n’existait pas, fille je ne savais rien sur la sexualité, ni sur mon propre corps, un interdit m’empêchait de l’explorer, je ne me lavais que superficiellement, cette ignorance était encore plus grande concernant les garçons.

En dehors des jours de scolarité, quand je descendais de mon étage, elle devait me surveiller car elle se plantait debout devant moi me bloquant à la 3ème avant dernière marche, et elle commençait à me dévider à l’aide d’un vocabulaire à la fois précis et imagé, les conséquences sur son sexe et sa sexualité de ses hémorragies soignées par les radiothérapies ; elle était soucieuse de « mon sexe dur comme du bois » et de l’éventualité de tromperies par Papa… qu’elle me demandait de surveiller…
Durant cette même période tu me reprochais de ne pas me préoccuper de tes enfants…

Une des conséquences fus que j’eus mes premières règles à 16 ½ en août 1958 en vacances en Bretagne avec les Davidoff ; Mme Davidoff m’expliqua ce qu’étaient les règles…

Je fis donc un mariage de raison le 31 janvier 1964, sans sentiment, et fus violée par ce mari entre fin février et début mars 1964, date déduite de la naissance de Jean-François le 4 décembre 1964, puis je refusais définitivement tout contact sexuel avec ce mari.

Je plongeais dans une dépression qui stoppa lorsque je le quittais le 31 janvier 1971. J’avais perdu plus de dix kilos.

Le souvenir de ce viol fit écran au souvenir de l’inceste subi par notre mère jusqu’à ce que j’entrepris une analyse en 1985, souvenirs qui s’exprimèrent par mes hurlements de souffrance durant plusieurs semaines. Je décrivais ce que j’avais subi par notre mère, mais ne connaissais pas encore le mot « inceste » que je n’appliquais qu’aux hommes, ce n’est que fin 1999 que je le nommai enfin « inceste maternel ». Sur le site facealinceste.fr j’ai pu échanger avec d’autres victimes d’inceste ; j’ai témoigne dans le livre de Anne Poiret L’ultime tabou ed. Patrick Robin, 2006, ainsi qu’à une émission de télévision, en visage caché…

Je pense que notre mère avait du subir des actes similaires à l’adolescence par sa mère, Anita, abandonnée par le père… reproduisant elle-même des actes subis durant sa propre adolescence, car fin du XIXè une jeune fille de la bourgeoisie romaine ne quitte pas sa famille sans raison majeure…

Notre père, à partir de son veuvage, me demanda trois fois en mariage, pour prétexte de « me protéger » de la pauvreté…

Je t’ai écris à plusieurs reprises durant les années 1970 et 1980 mais ton mari intercepta (il me l’écrivit et me le dit au téléphone peu avant sa mort) tous les courriers que je t’écrivis. J’étais une fille de mauvaise vie puisque célibataire je prenais la pilule. Il ne reste guère que les Afghanes qui aient de bonnes moeurs sur cette terre…

Dans les familles Quétin, Porchez, Coutris les victimes doivent être jugées et condamnées… alors que ces traumatismes ont des conséquences pour toute la vie.

Espérant que ta santé est encore acceptable.
Ta sœur, Annie, qui t’as aimée.

_______

Dans un prochain billet je dirai comment ils ont traité notre père et l’héritage qu’ils s’attribuèrent faisant fi de la loi …

____________

(1) grâce à cette méthode ils eurent 7 (sept) enfants « Ogino ».

Laisser un commentaire